Chion-Ducollet et
   La Mure - 1880 à 1914
- Introduction
- Débuts en politique
- Maire de 1886 à 1912
- 25 ans de construction
- Les finances
- Mine et Municipalité
- CD et Dr Tagnard
- Maire et Curé
- CD et le Père Eymard
- Maire et Conseil
- Voyages à Paris
- Les procès
- Les autres mandats
- Fêtes
- Villa
- Après la défaite de 1912
- Conclusion
Annexes
- Déroulement de l'étude
- Idées reçues
- Industries en 1840
- Chansons et poèmes
- La Mure en 1900
- Armoiries de La Mure

Conseiller général et député


Conseiller général du canton de la Mure

Election au Conseil Général du 18 décembre 1887
Le conseiller général M. Dufour étant démissionnaire, une élection doit avoir lieu pour le remplacer. Chion-Ducollet et le docteur Tagnard qui étaient sur la même liste un an auparavant pour les élections municipales sont là tous les deux candidats. C'est le docteur qui gagne par 1408 voix contre 1229 alors qu'à La Mure le maire obtient plus de suffrages (414 contre 335). Nous n'avons pas de détail sur la campagne électorale, elle a probablement été animé puisque Chion-Ducollet demande au préfet des renforts de gendarmerie pour les soirées du samedi 17 et dimanche 18. C'est le début de leur opposition sans concession avec les Chionards et les Ficelards.

Election au Conseil Général du 29 juillet 1889
A ces nouvelles élections on retrouve les deux mêmes candidats et le même résultat, Le docteur Tagnard gagne par 1532 contre 1319, il arrive aussi premier à la Mure (428 contre 383). C'est la conséquence des problèmes avec le curé Morel. On peut lire dans le Nouvelliste de Lyon : " A La Mure on parle d'une troisième candidature qui pourrait bien mettre d'accord, une fois pour toutes, les deux adversaires républicains : le docteur Tagnard et le trop célèbre tyranneau de village Chion-Ducollet."
Dans l'état du personnel du Conseil Général on lit l'appréciation sur le docteur Tagnard, républicain modéré : "Inconnu en dehors de son canton ; peu d'influence au Conseil Général ; très bons rapports avec le Préfet."

Election au Conseil Général du 28 juillet 1895
Le docteur Tagnard ne se représente pas pour des problèmes de santé, le nouveau candidat de la droite est Ernest Dumolard, le maire de Notre-Dame-de-Vaulx. Chion-Ducollet est désigné par le comité cantonal républicain-radical-socialiste. Il est élu par 1 787 voix contre 1 420 voix.
Elu secrétaire du Conseil Général en 1895 et 1896, puis rapporteur du budget.
En fin de mandat, en 1901, il publie un Compte rendu sommaire du mandat.

Le Semeur Algérien du 26 mai 1912
Au Conseil général de l'Isère a été discuté un rapport relatif au remplacement de l'aumônier de l'asile  d'aliénés de Saint-Robert. L'un des membres du Conseil, M. Diday, a parlé en faveur du maintien de l'aumônier dont certains pensionnaires, dans leur moment de lucidité, peuvent avoir besoin aussi bien que les Soeurs elles-mêmes, et il a ajouté : « En conservant l'aumônier, vous conservez les Soeurs qui font preuve d'un dévouement admirable ». M. Chion-Ducollet, l'ancien député, radical et libre-penseur a répliqué : « On ne trouverait pas à remplacer les Soeurs. Il n'y a pas d'infirmières laïques qui voudraient aller s'enfermer avec des loups. Il y a des coups à recevoir, des vices à subir. Les Soeurs de Charité de la Roche sont peu payées et donnent beaucoup. Il est certain que ces femmes puisent leur dévouement dans un idéal spiritualiste, mais nous n'avons pas à faire de la philosophie. »
Le Conseil général s'est naturellement rallié à ce point de vue.

Election au conseil général du 22 juillet 1901
Chion-Ducollet est opposé à :
- Eugène Dufour, médecin, député, maire de la Motte d'Aveillans, candidat du Comité départemental d'action et de défense républicaine.
- M. Charvet, représentant socialiste guesdiste, fils de l'ancien maire de ND de Vaulx.
Election facile au premier tour de Chion-Ducollet : 1770 ; Dufour : 1049 ; Charvet : 200 ; contrairement au prévisions de la préfecture qui donnait un meilleur score pour Charvet enlevant des voix aux deux autres candidats : "ballotage certain.".

Election au conseil général du 28 juillet 1907
Chion-Ducollet sollicite un troisième mandat sous l'étiquette radical, il est cette fois député. Il n'a qu'un seul challenger, Isidore Reynier, un adversaire murois de la première heure qui se présente sous une étiquette de radical-socialiste. L'absence de candidat socialiste rend la campagne électorale calme contrairement à d'autres cantons. Chion-Ducollet est élu au premier tour par 1362 voix contre 1271 à son adversaire.
Son adversaire fait adresser par plusieurs de ses partisans une réclamation, outre qu'elle est faite en dehors des délais, elle ne donne aucun fait grave précis et Chion-Ducollet se fait un plaisir de mettre dans son dossier de défense un compte-rendu du vote de 1902 pour les législatives où I. Reynier avait été pris en flagrant délit de tricherie en votant avec 3 bulletins (cf bas de page) ce qui lui valait depuis le sobriquet de "l'homme aux trois bulletins" !

Election au conseil général du 7 août 1913
Chion-Ducollet s'accroche à ce dernier mandat qui lui reste, c'est après 3 victoires une élection de trop. Il est très largement battu. Sur 3 186 votants, le nouveau maire de La Mure Emile Second obtient 1 808 voix et est élu, le docteur Ricard 1 272 voix et seulement 60 voix pour lui.

Conseiller général pendant 18 ans

Il est un membre remuant avec des partisans fidèles et des farouches ennemis. Il agit là-aussi plus en gestionnaire qu'en politique. Il clame haut et fort son statut de républicain sans faire partie d'une chapelle particulière. Il est très présent aux différentes sessions du conseil général.

Une des grande activité du conseil porte sur les chemins vicinaux.
Le téléphone est installé dans le département en 1901 "toutes les communes du département seront reliées entre elles et il leur suffira de fournir un local pour l'installation de la cabine téléphonique, grande comme une guérite de factionnaire"

Création en 1898 d'une caisse de retraite pour le personnel de la ligne de chemin de fer de St Georges à La Mure. Une retenue de salaire de 5 % et la même somme versée par l'administration.

Le péage du pont de Ponsonnas (le pont de fer) est supprimé en 1896, le département le rachète.

En février 1913, Chion-Ducollet lance l'idée de l'élargissement du viaduc de la Roizonne, au début de sa construction, afin de permettre la circulation simultanée des piétons, des attelages et du train. Les communes intéressées sont favorables, le député est contre. L'étude de ce projet occasionne un retard dans la construction mais il est abandonné en 1914.



Député de la troisième circonscription de l'Isère

En 1906; le député de gauche Félix Vogeli (1832 -1910) ne se représente pas, les instances nationales des radicaux-socialistes investissent Henri Lefrançois qui était candidat, en 1902, à Saint-Ouen, c'est donc un "parachuté" qui sera battu au deuxième tour par Chion-Ducollet choisi sous la même étiquette par un comité local.
Dans sa profession de foi Chion-Ducollet écrit :"Si je suis votre élu, je vous déclare que j'irai siéger dans le rangs de l'Union Démocratique ou de la Gauche Radicale et que je voterai avec les Républicains du Bloc des Gauches, comme je l'ai toujours fait au Conseil Général." .

Conseil municipal du 30 juin 1906

Joubert César, qui a obtenu la parole, pense qu'il convient de constater au procès-verbal de la présente séance l'élection de M. Chion-Ducollet à la députation. M. Chion-Ducollet restant maire de la ville.
Le conseil partage le sentiment de M. Joubert.
Au 1er tour de scrutin, alors que M. le Maire n'avait pu visiter 45 communes sur 105 de la circonscription, il y a eu ballotage avec les résultats suivants :
Chion-Ducollet = 5 446 voix
Lefrançois = 5 475
Docteur Greffier = 560
Moutin = 2 370
M. Lefrançois, candidat étranger au pays, tout à fait inconnu avant la période électorale, envoyé d"un Comité de Paris et d'un Comité de Grenoble à l'instigation de M. Dufour ex-député, Maire de la Motte d'Aveillans, a été le plus favorisé de 29 voix au 1er tour.

Le 20 mai, au 2e tour, les résultats ont été les suivants :
Chion-Ducollet = 7 770 suffrages
Lefrançois = 6 408 suffrages
Moutin = 450 suffrages
M. Chion-Ducollet a été déclaré élu député de la 3e circonscription de Grenoble.
Il est à remarquer que sur 9 cantons, 8 ont donné la majorité à notre Maire, un seul a donné la majorité au candidat inconnu Lefrançois.
Aujourd'hui, M. Chion-Ducollet a cessé ses fonctions de notaire et a été remplacé par M. Paul Décard, son principal clerc depuis 3 ans, originaire de Vinay (Isère).
Il continuera à prêter son concours pour la bonne administration de la ville et à présider les séances du Conseil municipal.
Du reste, il ne change pas de domicile. La ville de la Mure lui a donné trop de témoignages de sympathie pour qu'il puisse s'en détacher. La belle fête donnée en son honneur le dimanche 17 courant, à son premier retour de Paris, a été on ne peut plus touchante d'affection. Il ne l'oubliera pas et reviendra souvent parmi nous.

On peut lire sur le site de l'assemblée nationale à la page qui lui est consacrée :

A la Chambre où il siège sur les bancs de la Gauche radicale, il intervient notamment sur la loi de finances de l'exercice 1908. Il vote contre l'institution d'un impôt progressif sur le revenu mais pour la loi sur l'exercice des cultes (1906), et pour le rachat par l'Etat du réseau de chemin de fer de l'Ouest.

Il intervient sur des propositions de loi ou des amendements, l'intervention la plus importante est une demande d'amendement lors de la discussion du projet de loi tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus du sucrage. Il demande une exception en faveur des propriétaires vignerons et métayers pour leur consommation familiale : " il y a une catégorie de récoltants dont on n'a pas encore parlé, c'est cette catégorie de petits cultivateurs vignerons qui récoltent du vin pour eux seuls et qui n'en vendent point ou très peu."
Un très long débat est engagé, Chion-Ducollet est un moment opposé à Jean Jaurès qui défend la loi : " M. Jaurès a combattu ma proposition. Il est bien difficile, vous en conviendrez, messieurs, à un nouveau venu parmi cous de soutenir la lutte avec M. Jaurès. Je connais bien la question, cependant, et, étant cultivateur, je me fais un devoir de défendre mes commettants."

Sa présence à l'assemblée nationale va être affectée par sa maladie de janvier 1908 à septembre 1909. Il ne se représente pas aux élections du 24 avril 1910.


On vote jusqu'en 1913 avec un bulletin sans enveloppe

Aux législatives de 1902, deux tricheries ont été déjouées :

"A onze heures du matin, M. Reynier Isidore, Henri, vétérinaire, conseiller d'arrondissement, s'est présenté au scrutin. Après avoir présenté sa carte et l'appel de son numéro et de son nom, a remis au Président son bulletin plié en quatre avec beaucoup de soin. Avant de l'introduire dans l'urne, M. le Président a remarqué une épaisseur plus forte que l'usage, il en a fait l'observation à M. Reynier, lui disant que son bulletin devait être double. M. Reynier a repris le bulletin, l'a ouvert et reconnu qu'il en contenait trois. M. Reynier s'est excusé et a déclaré que c'était par inadvertance. M. le Président s'est borné à constater le fait, l'utilité de la vérification recommandée au Président et le délit commis par M. Reynier, sans contester la déclaration d'erreur faite par M. Reynier."

"A trois heures vingt-cinq minutes M. Saliquet Louis, maréchal ferrant, a remis au Président son bulletin de vote parfaitement plié et ajusté. Le président s'est aperçu d'une épaisseur anormale, il a rendu le bulletin à M. Saliquet l'invitant à une vérification devant le bureau, ce qui a été fait. Le bureau a constaté l'existence de deux bulletins juxtaposés ne pouvant faire autrement que de se séparer en tombant dans l'urne. Le Président a fait constater le fait délictueux à M. Saliquet qui n'a rien répondu."


Aujourd'hui les procédures de vote sont bien établies et minimisent les possibilité de fraude. C'est la loi du 29 juillet 1913 qui a instauré l'isoloir, l'enveloppe et les caractéristiques du bulletin imprimé. Auparavant la seule règle pour ce dernier était d'être blanc et sans signe extérieur, l'électeur le remettait au président qui le glissait dans l'urne, le risque de pression extérieure pouvait être important.
Dès 1860, plusieurs propositions de loi allaient dans le sens actuel mais les réticences étaient fortes malgré l'exemple donné par de nombreux pays.



Un électeur se défoule !


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