Itinéraire
En venant de la Mure, juste avant le pont, prendre à gauche la route qui mène à la centrale, à une centaine de mètres prendre le vallon
à gauche.
Cet affleurement est dans la liste des 19 sites géologiques remarquables de l'Isère, avec une étoile. La fiche RHA 024 précise :
Exemple d'érosion et destruction des cheminées de Fées
Pont Haut se trouve sur une limite historiquement importante : peut-être limite entre les territoires des tribus Voconces et Tricorii du temps des Celtes ; entres les provinces viennoise et narbonnaise au IVe siècle ; entre les diocèses de Grenoble et de Gap et, aujourd'hui, plus modestement à la limite des cantons de La Mure et de Corps donc de la Matheysine et du Beaumont.
Nos auteurs locaux parlent des trois ponts qui ont permis au cours du temps de traverser la Bonne :
- un pont romain (?) partiellement effondré en 1917 et démoli en 1957.
- un pont construit en 1650 soit au-dessus du précédent soit plus en amont.
- Le pont actuel construit en 1751-2 suite à la décision de faire la route royale Grenoble à Gap (la route de Pont-Haut à la Mure ne sera
terminée qu'en 1798).
Les deux photos ci-dessous montrent-elles les trois ponts ou plus vraisemblablement le pont dit romain à 2 arches au-dessous du pont actuel ?
Carte postale la plus ancienne de Pont-haut (vers 1905 ?) montrant les Demoiselles et en ce qui concerne les ponts, probablement au-dessous du pont actuel le pont romain à deux arches.
Les Demoiselles aujourd'hui, La destruction est importante et la végétation a envahi le site.
Une très rare petite cheminée qui a encore un chapeau.
Carte identique à la précédente mais plus tardive (avant 1917) au vu de la végétation beaucoup plus fournie sur les flancs des Demoiselles.
L'explication simpliste que l'on donne généralement
Depuis le retrait des glaciers, les dépôts morainiques hétérogènes sont soumis aux intempéries (précipitations, gel, vent,
etc.) érodant ainsi patiemment ce 'béton" très peu perméable. Le ruissellement des eaux en surface petit à petit isole de gros
rochers résistants. Grâce à leur taille et leur poids respectables, ces blocs font office de "chapeaux protecteurs" en compactant
la moraine sous-jacente, tandis que les matériaux fins non protégés sont désagrégés et emportés au loin.
Les cheminées vont atteindre leur maximum au bout d'environ 10 000 ans. Elles vont ensuite s'acheminer vers leur destruction.
En effet, elles sont condamnées à disparaître soit par effondrement, soit par érosion suite à la perte de leur chapeau rocheux
protecteur qui finissent par ne plus avoir une assise suffisante. La colonne ainsi décoiffée devient plus vulnérable aux intempéries
et elle s'amenuise alors rapidement.
Un schéma sur un panneau à Euseigne (Suisse)
Un autre schéma, on arrive au stade 2 après environ 5000 ans et au stade 3 après 10000 ans
C'est certainement plus compliqué !
Si l'on comprend qu'un bloc peut initier une colonne, il semble évident que dès l'épaisseur du bloc protecteur dépassé,
le ruissellement doit rapidement saper l'intervalle bloc-dêpot.
Les explications plus complètes font intervenir des cimentations sélectives de la moraine par des remontées de fluides
minéralisés. Les colonnes seraient donc préformées puis révélées par l'érosion. Même si l'on trouve des colonnes sans
chapeau celui-ci doit jouer un rôle, est-ce la pression qu'il exerce ? (blocs de 20 tonnes à Euseigne). Le bloc est soudé
sur la colonne ce qui permet à des chapeaux en déséquilibre de se maintenir.
Un schéma extrait d'un panneau explicatif à Théus
A Euseigne, Valais Suisse, on parle de pyramides. Certains blocs atteignent 20 tonnes.
Demoiselles de Théus, même si l'on trouve des demoiselles non coiffées, le chapeau joue un rôle et donne des colonnes
plus spectaculaires.
La partie inférieure appartient à la moraine de base du Würm 2 [4 de la coupe ci-contre] déposée sur des dépôts du Würm 1 [2]
Après le recul du glacier la dépression se remplit d'argiles glacio-lacustres et lacustres [5], ceci pendant
l'intervalle Würm 2-3. Ces argiles constituent la partie haute.
Au-dessus se déposera la moraine argileuse du Würm 3 [6], elle-même recouverte par les terrasses d'alluvions glacio-lacustres [7]
apportées par la fonte du glacier pendant son retrait définitif.
Les argiles de la tuilerie, sont contemporaines au dépôt 5.
Ensuite la Bonne et la Roizonne ont repris leur cours en s'enfonçant dans les différentes alluvions, l'érosion a sculpté
les cheminées dans les alluvions 4 et 5, elles ont probablement atteint leur maximum il y a 2 ou 3 siècles, aujourd'hui
elles sont fortement dégradées. la végétation a tout envahi, ce qui empêche la continuation du processus de formation
et accélère la destruction.
Coupe prise dans la thèse de Guy Montjuvent
Les deux formations des Demoiselles se distinguent clairement, en bas la moraine et au-dessus la formation d'argiles litées.
La partie basse, moraine argileuse (formation 4 de la coupe),
dépôt hétérogène avec des blocs.
La partie supérieure, argiles litées glacio-lacustre (formation 5 de la coupe,
on voit bien le litage horizontal.
Les Demoiselles, bien que mentionnées aujourd'hui sur toutes les cartes, ne semblent pas avoir été un lieu de tourisme répertorié.
Dans les guides touristiques de la fin des années 1800 on parle beaucoup de La Motte les Bains et de La Salette.
Dans La Mure et ses environs de L. Caillet, 1925, à l'usage des touristes où de nombreuses promenades sont décrites
dont celle "Les ponts de Ponthaut" avec description et histoire des différents ponts ; sur le parcours il est dit,
sans plus, on voit de jolies colonnes coiffées et un fragment de voie romaine.
Dans Voyage de Grenoble à la Salette de E. De Toytot (1863), il y a une long récit d'une effrayante descente de La Mure à Pont Haut, une gravure et une description du pont mais pas la moindre allusion aux Demoiselles.
Pour ceux qui veulent en savoir plus :
Sur l'histoire des ponts :
Pierre Barnola, Enigmes et trouvailles dans Mémoire d'Obiou N°12, pp. 147 à 150.
Sur la géologie :
Page La Mure et
page Nantes, Oris en Rattier, Roizon de
Geol-alp.
Thèse de Guy Montjuvent, pages 244 et 421.