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LA COLLINE DE PAYON
LE CALVAIRE



Les petits points blancs qui séparent les moraines continuent la crête du glacier à son maximum Würm 2.
Les points rouges indiquent le chenal de la Jonche qui sépare Payon de Péchot, et le chenal qui sépare Payon des Mas.

Une imposante moraine latérale du glacier de la Bonne longue de 2,5 km, large de 1,5 km, haute de 70 à 80 m. Un chenal glaciaire (repris par La Jonche) la sépare de la moraine frontale de Péchot qui de l'autre côté s'appuyait contre Bois Ribay (Les Echarennes). Elle est limitée à l'est par un chenal glaciaire (Creux de Roizon, Serbouvet, les marais) qui la sépare de la moraine des Mas.

La Citadelle de Lesdiguières


En 1579, Lesdiguières (protestant) fortifie La Mure et y transporte son quartier général. Il entoure la ville de nouvelles fortifications, hautes, solides, hérissées de bastions triangulaires et il édifie sur Payon un formidable ouvrage de défense, un fort enveloppé de trois enceintes, formant "tenailles", c'est la Citadelle construite avec les matériaux du Prieuré et de l'église.
En octobre 1580, La Mure est assiégée par Le Duc de Mayenne et une armée de 8 000 hommes. Après de nombreux combats, la ville est prise le jour de Toussaint et le 6 novembre la citadelle se rend.
En 1581, la citadelle est détruite "ras terre".
photos : Lesdiguières n'avait pas ou mal protégé le côté ouest, le Duc de Mayenne avait installé 6 pièces (canons ou couleuvrines) à Beauregard (photo) et même à Cimon les derniers jours du siège. (la photo des boulets est prise dans le livre de V. Miard).


Le chemin de croix et la Chapelle des Capucins

[D'après Les capucins à la Mure de René Reymond]
En 1723, les Capucins construisent avec l'aide de la population, en moins de 3 mois, le calvaire (au même endroit que l'actuel), une chapelle (au même niveau de l'autre côté du chemin), des oratoires (tout le long de la montée, tous les 15/16 mètres, 29 (?) oratoires qui comportent un tableau représentant une scène de la Passion dans une petite niche).
Les oratoires ont été restaurés en 1733 et 1773. Tout a été détruit en 1793 suite à la Révolution.
Trois croix de bois (les précédentes ou plutôt de nouvelles ?) seront remplacées en 1863, car "vétustes et toutes pourries", par les croix actuelles en calcaire de Laffrey.


Balade dans le passé et dans le glaciaire

Le Calvaire

Le chemin qui part en face de l'hôtel de ville est en forte pente, on passe directement de 877 m à 922 m au calvaire soit une pente de 10 %, c'est pourquoi la voie romaine prenait le chemin en pente plus progressive qui passe derrière la poste, à la croix Fayollat, à Pontcharra et en passant à l'est des lacs arrive à Laffrey. Plus tard au moyen-âge la route quitte Payon, elle passe à l'ouest des lacs, un peu sur les hauteurs pour éviter les marais. Ce n'est qu'en 1750 que sera tracée la route royale Grenoble - Gap que nous connaissons actuellement.



Au sommet on a construit le réservoir des eaux venant du captage de Rif Bruyant éloigné de 11 kilomètres. Les travaux ont été effectues de 1947 à 1957. Ce projet avait été envisagé en 1900 par A. Chion-Ducollet mais avait été jugé trop onéreux. Sur le réservoir, une table d'orientation. A l'arrière une aire de pique-nique.


Le calvaire reconstruit en 1863 en calcaire de Laffrey.


Le réservoir avec au-dessus la table d'orientation.
La chapelle était construite à droite au niveau du poteau.

Tous les blocs n'ont pas été transportés par les glaciers !
On peut voir dans toutes les haies qui bordent les chemins tracés dans les moraines des blocs de roches diverses, venant des montagnes environnantes. Ces blocs sont maltraités durant le transport : angles émoussés, faces usées, aplaties (fer à repasser). On peut voir 2 beaux blocs sur l'esplanade devant le réservoir, un de spilite l'autre de granite (photos) bien sculptés par leur voyage. On peut s'étonner, alors que ces blocs ne manquent pas dans les environs, de les voir accompagnés par toute une ligne de blocs manifestement pas issus de cette lignée ! Ce sont des blocs qui ont trouvé un autre moyen de transport pour venir d'une carrière de calcaire du Fontanil !


Un bloc de spilite, très dure, donc peu appréciée pour la construction quand le bloc est hors gabarit.


Un bloc "étranger" à angles vifs. Facilement identifiable du fait de son aspect bicolore.


Un bloc de granite bien "cabossé". On retrouve beaucoup de granite dans les anciennes constructions.

La croix de Fayollat


Elle se dresse au croisement avec le chemin du Genevray. La date de 1877, est gravée sur le piédestal, cette croix en a remplacé une plus ancienne. René Reymond écrit que la présence d'une croix est plus ancienne qu'on ne le suppose et qu'elle peut marquer l'emplacement de la potence où l'on pendait les criminels. Elle apparaît déjà dans ce secteur sur le plan du siège de la Mure dessiné en 1580 par Ercole Negro. (enigmes, curiosités singularités pp. 15-16)


Le glacier de la Bonne

De cette hauteur on a une belle vue sur l'est et le sud. Sur les montagnes, du Quoiro à l'Obiou, mais aussi sur tout l'amphithéatre avec ses multiples terrasses en gradins, les entailles creusées par la Roizonne et la Bonne, les effondrements... Lorsqu'on a essayé d'assimiler les grandes lignes de l'histoire glaciaire, on ne peut s'empêcher d'imaginer l'arrivée du glacier de la Bonne dans la trouée entre le Roussillon et le Gargas et de s'étaler à la sortie de la gorge, jusqu'à La Mure. Comment était le paysage à la fin de l'interglaciaire Riss/Würm ? Peu différent probablement, en ce qui concerne les montagnes environnantes mais très différent à proximité, a la place de cette moraine de Payon n'y avait-il pas un méandre de la Roizonne et de la Bonne comme les dépôts peuvent nous le suggérer ?


Le glacier surgissant de la vallée et s'étalant dans la partie plane. (La croix indique les Garguettes, photo ci-dessous)

Le glacier de la Bonne va venir à 3 reprises durant cette dernière glaciation du Würm (- 80 000 à - 20 000 ans) :
  - Au Würm 1, de façon peu importante, il creuse dans les dépôts glaciaires du Riss et dépose des alluvions (alluvions de base A3, Montjuvent) que l'on peut observer à Pont Haut.
  - Au Würm 2, alors que les parties basses sont envahies par le Lac du Trièves comme l'indiquent les argiles du Trièves déposées sur les alluvions précédentes. Le glacier prend de l'importance, creuse, transporte, construit les moraines, repousse le Lac du Trièves et crée le Lac du Beaumont. Il bouche le cours de la Roizonne ce qui genère en amont un lac au niveau d'Oris. Deux chenaux sous-glaciaires limitent les moraines, l'un qui donnera le lit de la Jonche et l'autre la trouée de Serbouvet. En se retirant les dépressions donnent des petits lacs qui se remplissent d'alluvions (par exemple les argiles de la Tuilerie, les sables de Roizon...). Le maximum du Würm est atteint vers - 45 000 à - 40 000 ans.
  - Une dernière incursion, au Würm 3 (vers - 25 000 ans), limitée, qui donne la moraine basse, au niveau du chemin qui part de la route de Valbonnais, au niveau du Pivol, et qui rejoint le Pré Sabot. Le glacier laisse ses derniers dépôts (moraine supérieure à gros blocs aux Garguettes) et se retire, on peut suivre ses différentes phases de retrait dans la vallée de la Bonne en observant la succession de verrous et de terrasses, anciens lacs comblés.
Attention, toute cette histoire ne se passe pas de façon fluide et continue, il y a de nombreuses phases de stagnation, de petites avancées, de petits retraits, de petits lacs intermédiaires...





Les Garguettes, qui étaient à l'entrée du glacier, ont gardé l'histoire de la dernière glaciation.

Pour ceux qui veulent en savoir plus :
Sur les voies de circulation : Pierre Barnola, Voyager de La Mure à Grenoble à travers les siècles, Mémoire d'Obiou N° 3, 1998, pp. 56 à 70.
Pages Glaciations et Péchot
Page La Mure et page Nantes, Oris en Rattier, Roizon de Geol-alp.
Thèse de Guy Montjuvent.
Paysages glaciaires de Claude Beaudevin.

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