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LA ROCHE ET LE PONT DE COGNET

Itinéraire
panneau direction
Vers le stade, on prend le chemin en direction du Clos du Puits qui est en continuité avec la rue Albert Luyat, on traverse la route de Cognet, on prend en face le chemin qui arrive sur l'ancienne route effondrée dans la Grande Combe. Cognet, la chapelle, la roche. En continuant la descente on traverse la Jonche puis après une descente raide on arrive au pont sur le Drac.
départ alt=870 m
chapelle alt=700 m, 4 km des Sagnettes
pont alt=500 m, 3 km de la chapelle

        itinéraire

Pendant 241 ans l'unique route La Mure - Mens

Il est important de penser que le trajet que l'on va suivre a été la voie pour aller de La Mure à Mens pendant de nombreux siècles avant que l'on trace, en 1861, la route que l'on connaît aujourd'hui et pour laquelle on a construit un pont suspendu sur le Drac "le pont de fer" remplacé en 1942 par un autre en béton armé. Celui-ci est devenu aujourd'hui un haut lieu pour le saut à l'élastique (premier centre d'Europe ?) et est mondialement connu sous le nom de "Pont de Ponsonnas".

Ce chemin a été le seul possible pour aller de la Mure à Mens depuis 1720, date à laquelle le pont de Savel qui traversait aussi le Drac a été détruit volontairement par crainte de l'épidémie de peste qui sévissait à Marseille et qui poussa les habitants de Savel à s'isoler.

Cette route devait être très fréquentée pendant les six mois de belle saison et devait constituer une importante difficulté avec des tronçons en forte pente (jusqu'à 17 cm par mètre) et d'autres parfois dégradés par les glissements. Le passage du Drac et celui de la Jonche ont souvent été difficiles lorsque les ponts étaient dégradés. Le pont de la Clayta sur la Jonche a souvent été objet de problèmes, par exemple en 1820 on construit un pont réputé très solide qui s'effondrera en 1853, nous en avons parlé à la page "effondrement des Merlins".

La moraine de Péchaud et les glissements de terrain

Nous partons du lieu-dit les Sagnettes (Sagne, du celtique sagna ou/et du gaulois sagna qui signifie "terre marécageuse": marais, tourbière).
Nous sommes sur la moraine frontale du glacier de la Bonne au moment du maximum glaciaire du Würm 2. Elle continue la moraine latérale du calvaire et de l'autre côté du Drac elle allait butter sur Bois Ribay, qui aujourd'hui, tout comme à Séchilienne, a tendance à s'ébouler en voulant récupérer des contraintes subies pendant la pression du glacier. Ce qui a nécessité la construction du parre-pierres des Echarennes qui a aujourd'hui besoin d'être rallongé.

On arrive au croisement du chemin qui mène à la Méharie et on traverse la route actuelle de Cognet, le chemin arrive à la Grande Combe, il est intéressant de quitter le chemin pour descendre sur l'ancienne route pour observer les éboulements qui ont nécessité d'en retracer une un peu plus haut.

P Berthier p. 99 :

Comme toutes les localités situées au bord du Drac, Cognet est sujet à des glissements de terrains très importants. Au commencement de notre siècle, avant d'arriver au village, une énorme quantité de terrain disparut dans le torrent entraînant vignes, arbres fruitiers, champs, etc.., etc.. Ce glissement fut tellement important que le Drac fut barré pendant plusieurs jours. Par suite nous voyons dans les vignes et dans les champs de nombreux arbres qui périssent, leurs racines étant coupées par cette coulée vers le torrent. Toutes les maisons du village sont lézardées. Quelques-unes ont des blessures si profondes et si nombreuses que l'on ne s'y croit plus en sécurité.

Une étude a été conduite en 2002 par le RTM (restauration des terrains de montagne). On peut télécharger une synthèse qui " a permis de préciser les risques sur le village et ses abords, et a tenté également de définir une stratégie d'urbanisation sur le long terme dans le cadre de l'élaboration de la carte communale."
Le schéma ci-contre en est une des pages.

On voit très bien que les deux pointements rocheux : la roche de Cognet et un autre plus en amont, semblent retenir les terrains qui par contre glissent en dehors de ces "cales".

Suite à cette étude de nouveaux travaux de drainage ont été réalisé et l'on a mis en place un suivi topographique avec une méthode GPS sur des plots répartis sur le territoire.

l'étude RTM, croquis des zones instables
Voir en format A4

ancienne route déformée
L'ancienne route Ponsonnas-Cognet, qui traversait la Grande Combe, rendue impraticable.

l'argile de la moraine
Le terrain est très marneux.

c'est la roche de Cognet qui soutient arrête la moraine
La Roche, en calcaire de Laffrey, côté Drac.



panneau affaissement sur la route
La nouvelle route est elle aussi malmenée !

vue générale de Cognet
On aperçoit la Roche derrière la chapelle. Cette hauteur et un autre pointement délimitent des secteurs quasiment plats

drains le
En conclusion de l'étude RTM, des travaux de drainage ont été exécutés.

La chapelle

Le village de Cognet est construit dans la pente le long de la route alors qu'autrefois il était situé dans le replat près de la chapelle. Celle-ci restaurée en 1970 était signalée en ruine en 1934, une souscription avait été lancée par le Syndicat d'initiative de Grenoble et le Touring-club de France pour la sauver. Cette souscription n'a permis que de consolider les murs et refaire une partie de la toiture. Cette chapelle date de 1689. Elle remplaçait une plus ancienne dédiée à Saint-Laurent.

chapelle de Cognet
La chapelle vue de la roche

le portail de la chapelle

détail de la construction
Construction en calcaire de Laffrey exploité a côté, blocs de la moraine et travertin pour les encadrements.


                  Portail, encadrement en travertin.


Maurice Brétaudeau, 1920, La chapelle de Cognet, collection Musée Matheysin

La roche de Cognet

"Devant les gorges noires et profondes du Drac et le bruit sinistre de ses eaux qui grondent contre les à pics de ces abîmes, le profane se sent saisi d'un sentiment d'admiration et de crainte dont il ne peut se défendre. De cette roche unique il aperçoit le Drac venant de très loin, se déroulant et serpentant autour de ces roches sauvages et il garde de cette vision un souvenir inoubliable".

P. Berthier ne pourrait plus, aujourd'hui, être aussi dithyrembique, avec les barrages le Drac n'est plus qu'un faible filet sans bruit, c'est probablement un avantage pour la Roche qui n'est plus sapée à sa base. La vue reste belle mais attention un arrêté de 1992 en interdit la montée !

La Roche émerge des dépôts morainiques, nous sommes en limite Trias/Lias, la Roche est en calcaire de Laffrey à strates pentées à 45° et comme on l'a vu sert de cale à la couche de dépôts morainiques. Il y a dans l'environnement des blocs de spilite et de dolomie.

La Roche a servi de carrière, on signale dans le passé des fours à chaux et l'on retrouve beaucoup de calcaire dans les murs de la chapelle. Il y a eu aussi une carrière de gypse comme le signale le Journal des mines dont on a donné un extrait en page Le Trias. Elle était située en amont de la Roche dans la pente en bordure du Drac, un chemin (toujours dessiné sur le cadastre) partait derrière la chapelle suivait un moment la crête puis descendait en lacets. Le nom de la Gipière est resté pour l'appellation du lieu-dit.

la roche de Cognet
Strates de calcaire de Laffrey pentées à 45°.
A été une carrière pour les fours à chaux.

la roche vue du pont
Vue côté Drac.

la roche vue du haut du village
Vue du haut du village.


Difficile de se représenter ces pentes plantées de vignes et lieu d'une petite exploitation de gypse...



...comme le montre le cadastre qui n'a pas été modifié et porte encore les délimitations des parcelles qui descendent jusqu'au Drac. On distingue bien le chemin qui partait derrière la chapelle et descendait en zigzag.


Maurice Brétaudeau, 1912, Les gorges du Drac depuis Ponsonnas, collection Musée Matheysin

La vigne

En reprenant la route pour aller en direction du pont sur le Drac, on passe à côté d'une petite cabane de vigne et de sa vigne bien cultivée. Ceci permet de se remémorer que la vigne a joué un grand rôle à Cognet, elle fut pendant longtemps la principale culture.
P. Berthier cite une remontrance fait par les habitants en 1700 :

La communauté est située sur un terrain penchant et rapide dont le terroir est tellement argileux et coulant qu'il est très peu de fonds qui n'aient changé de situation. La plus grande partie du territoire consiste en vignes, ayant été contraints d'en planter une quantité considérable, pour ne pouvoir labourer les champs où elles sont, et parce que les racines des souches retiennent la terre et empêchent que les éboulements ne soient aussi fréquents que dans les terres où l'on sème les grains. Le vin qu'ils recueillent est tellement vert, à cause de la froidure du climat, des grêles, des tempêtes et orages fréquents qu'ils ne peuvent en trouver le débit, de sorte qu'une partie des vignes a été abandonnée et reste sans culture. Une autre portion de leurs vignes est située sur le rivage du Drac, dans lesquelles il y a si peu de terre que les eaux de pluie et les torrents les ont presque toutes ruinées, particulièrement celles qui étaient dans les vignobles nommés "la Gipierre"...

Il faut remarquer qu'a ce moment-là nous sommes dans le petit âge glaciaire qui concerne tout le pays avec des conséquences dramatiques. Dans des périodes plus favorables, le climat de Cognet, du fait de sa situation et de son exposition, est très agréable.

renaissance d'une vigne
Un bel hommage au passé vinicole de Cognet.

lieu de culture de vigne autrefois avec construction

ancienne lieu de culture de la vigne
Lieu-dit Les Echaneaux, un terrain bien pentu avec des restes de murs de soutènement.




Dans le même secteur une ancienne construction (?) un peu grande pour une simple cabane de vigne.

Le pont sur la Jonche

La route aborde une pente sévère et l'on arrive au virage au-dessus du pont sur la Jonche où l'on quitte les dépôts morainiques, on est dans le Trias, ici des cargneules. On a parlé des effondrements dans la Jonche du fait des roches salines et des problèmes de circulation du passé pour franchir la Jonche. Après le pont on franchit une bande de spilite et on rentre dans le calcaire de Laffrey que l'on garde jusqu'au pont.
Sur la Jonche le moulin Salomon a été reconverti en minicentrale. L'eau repart dans une conduite forcée.

Le pont de Cognet sur le Drac

Après le croisement de la route qui mène à Saint-Arey, parallèlement au Drac, on a une route très pentue et tortueuse jusqu'au pont.
Le pont est aujourd'hui très anachronique, il date de 1605, avec plusieurs restaurations dont une importante, en 1825, à la suite d'un très violent orage qui avait emporté, sur une quinzaine de mètres, son mur d'épaulement aval et son parapet, du côté des Rives.
Les pierres du sommet du parapet d'origine sont des cargneules taillées en arrondi (certainement locales). Sur une partie restaurée récemment elles sont remplacées par de l'Urgonien.

Ce pont a remplacé le pont de construction romaine, situé un peu plus en aval qui fut très endommagé lors des guerres de religion en 1587, Lesdiguières l'avait choisi comme point stratégique, il avait fait construire un fort à proximité. Il y a eu plusieurs batailles pour s'assurer ce passage.

pont de Cognet sur le Drac
Le pont en dos d'âne construit en 1605, l'arche a 26 mètres d'ouverture.

des vestiges du pont romain

rembarde du pont en cargneules
Des blocs de cargneule taillés en arrondi.



Dans la végétation, vestiges du pont romain situé 60 m en aval de l'actuel. Le matériau est essentiellement du calcaire de Laffrey qui affleure entre le Drac et la route de Saint-Arey.


Travertin ou cargneule ?

Nous avons rencontré ces deux roches qu'il n'est pas toujours facile de distinguer lorsqu'elles sont dans une construction, en blocs isolés c'est plus facile, le travertin est nettement plus léger.
Le travertin (ou tuf calcaire) provient de la précipitation du carbonate de calcium dans de la végétation, les vides sont plutôt circulaires (passage des tiges).
Dans la cargneule, on retrouve des structures plus géométriques, des réseaux de cloisons rectilignes suite à la recristallisation de la calcite dans les fractures.


Travertin de l'encadrement de la porte de la chapelle


Cargneule de la rembarde du pont


Pour ceux qui veulent en savoir plus :
- geol-alp : Cognet, Prunières, Saint-Jean d'Hérans,
- Laneyrie Jean-Marc, Le Pont de Ponsonnas, dans Mémoire d'Obiou N°20, 2015, pp. 43 à 50.

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